L’essor de la voiture électrique est une réalité, malgré le ralentissement de la demande au cours des derniers mois et le recul de plusieurs constructeurs qui retardent leurs projets d’électrification complète. L’un des obstacles, outre le prix de ces véhicules en Occident, est sans aucun doute l’infrastructure de recharge.
Nous disons depuis de nombreuses années que les pays de l’Europe a besoin d’un énorme coup de pouce, non seulement pour rendre la transition vers les voitures électriques plus faisable pour les consommateurs, mais aussi pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 imposés par l’Europe.
Mais c’est précisément sur le Vieux Continent que les choses ne vont pas aussi bien et qu’il y a un fort déséquilibre en termes d’infrastructures de bornes de recharge. «Nous avons besoin de politiques et d’incitations intelligentes», déclare Sigrid de Vries, directrice générale de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), qui écrit pour Euroactiv.com afin d’analyser la situation actuelle.
Selon les données actuelles, il existe environ 630.000 points de recharge publics en Europe, alors qu’il en faudrait 3,5 millions d’ici 2030 pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de CO2 de 55% pour les voitures et les camionnettes à cette date. Cependant, selon les estimations reconnues par la Commission, 8,8 millions de points de recharge sont en réalité nécessaires.
Pour atteindre cet objectif, l’Europe doit installer en moyenne 22.000 points de recharge par semaine. Un objectif qui semble presque impossible à atteindre, d’autant plus qu’en 2023, «seulement» 150.000 nouveaux points de recharge ont été créés, ce qui nous laisse une moyenne de moins de 3.000. Inutile de dire, comme le reconnaît M. de Vries, que l’Europe est «très en retard dans le déploiement des stations de recharge publiques».
Les chiffres sont également inquiétants lorsque l’on constate que près des deux tiers des bornes de recharge existant déjà dans l’UE sont concentrées dans trois États membres seulement : les Pays-Bas, la France et l’Allemagne, avec respectivement 144.000, 120.000 et 119.000.
Il existe un énorme problème de déséquilibre, avec deux niveaux distincts entre les pays les plus riches d’Europe occidentale et le reste de l’Europe centrale et orientale. La Belgique (44.000) et l’Italie (41.000) suivent dans le top 5, mais loin derrière ; de l’autre côté, la Croatie, l’Estonie, la Lettonie, Chypre et Malte sont les pays les moins bien lotis en termes de chiffres.
«Ce déséquilibre menace le principe fondateur de l’UE qu’est la cohésion et risque de créer des disparités dans la manière dont les citoyens peuvent participer à la transition verte et en bénéficier. Nous avons besoin de meilleures politiques pour encourager cette expansion», déclare le directeur de l’ACEA, qui donne l’exemple des régions où la proportion de voitures électriques est la plus élevée et où le nombre de bornes de recharge pour 1000 habitants et pour 10 km de route est également le plus élevé.
Mais M. de Vries pointe également du doigt d’autres problèmes plus éloignés de l’aspect social, à savoir les obstacles rencontrés par les opérateurs lors de l’installation de ces infrastructures. «Le réseau n’a jamais été conçu pour gérer une charge aussi concentrée», a-t-il déclaré, soulignant un problème bien connu en Espagne, à savoir les attentes “lourdes et longues” pour la certification et l’ouverture de ces installations.
«Les compagnies d’électricité doivent également participer à la transition», ajoute-t-il en évoquant les énergies renouvelables et le coût nécessaire jusqu’en 2030 : 240 milliards d’euros. «80% des États membres de l’UE n’offrent aucune incitation au développement ou à l’installation d’infrastructures», ce qui réduit les chances des opérateurs de trouver des marges intéressantes et de rentabiliser leurs investissements. Malgré cela, la construction d’infrastructures a été multipliée par six depuis 2017, mais comme nous venons de le voir, ce n’est pas encore suffisant».
